La santé et la forme
      dans Signes & sens magazine

      Les conséquences de l’alcoolisme chronique

      L’alcoolisme chronique est lié à une ingestion quotidienne d’alcool, provoquant une intoxication répétée, durable et profonde. C’est la forme la plus répandue et la plus dangereuse de l’alcoolisme. Il s’agit d’ une imprégnation alcoolique, de façon souvent inconsciente, de tout l’organisme.

      Tous les organes sont touchés par l’alcool, mais c’est surtout le foie et le système nerveux, qui sont les plus atteints.
      – L’appareil digestif entre en premier en contact avec l’alcool, liquide agressif pour l’ensemble de la muqueuse digestive :
      • la bouche est le premier site agressé par l’alcool, donc aux concentrations plus élevées par une action directe, intense et prolongée. La bouche de l’alcoolique est souvent le siège de caries évolutives et destructives, de déchaussement des dents.
      • l’oesophage est le siège d’ulcérations dans sa partie basse, entraînant des hémorragies digestives et un risque de rupture spontanée de l’oesophage après un repas trop copieux.
      • l’estomac est aussi le siège de gastrites, d’ulcérations avec risque d’hémorragies.

      Des chiffres effrayants
      L’alcool exerce une action tonique directe sur le pancréas. Il est la cause principale des pancréatites chroniques.
      – Le foie, et sa fonction antitoxique, se trouve sur le chemin de l’alcool. Celui-ci est un poison violent pour le foie.
      La persistance de l’intoxication conduit à la cirrhose alcoolique, c’est-à-dire à la destruction progressive des cellules du foie. Celle-ci se manifeste par l’installation d’une ascite, la survenue fréquente d’hémorragies et d’ictère.
      La mortalité par cirrhose du foie approche, en France, 20000 morts par an. L’alcool entraîne aussi un haut risque de contamination par le virus de l’hépatite B. Les alcooliques se contaminent facilement entre eux.
      – L’alcool comporte un risque majeur de survenue de cancer de l’appareil digestif : cancers de la bouche, de la langue, de la gorge, de l’oesophage. La survenue de ces cancers est strictement parallèle à la consommation d’alcool. 12000 à 15000 nouveaux cas surviennent chaque année, dont 90 % chez les alcooliques. L’intoxication tabagique et la mauvaise hygiène dentaire sont souvent associées à l’alcool et en multiplient les risques.
      – Le cerveau et le système nerveux sont particulièrement sensibles aux méfaits de l’alcool.
      Il est courant d’observer chez l’alcoolique des tremblements des mains, de la bouche et de la langue, entraînant une difficulté d’élocution, ainsi que des crampes nocturnes, une fatigabilité et un dérobement des jambes évoquant un début de polynévrite des membres inférieurs. Le champ visuel est rétréci, par atteinte de la rétine, avec le risque qui en découle au volant d’une voiture. Mais surtout, l’alcool provoque une atteinte intellectuelle grave et précoce. Le scanner montre une atrophie cérébrale. Les neurones sont moins nombreux, plus petits, notamment au niveau du cerveau frontal supérieur. L’alcool perturbe ainsi profondément la mémoire, le sommeil et les différentes fonctions intellectuelles, ce qui représente un handicap majeur dans notre société du logiciel et de l’informatique. Le psychisme de l’alcoolique est profondément altéré. Il en résulte un affaiblissement de la volonté et du contrôle de soi, des troubles du caractère avec irritabilité, susceptibilité, tendance dépressive, pouvant évoluer vers le délire et la démence.

      La moitié environ des dépenses des hôpitaux psychiatriques
      – L’alcool est aussi un poison pour le coeur et les muscles :
      • c’est un toxique direct pour le muscle cardiaque ; c’est aussi un facteur de risque pour les accidents vasculaires cérébraux.
      • 30 % des hypertensions artérielles sont dues à l’alcool et régressent par la suppression de l’alcool.
      • l’alcool ne donne pas de force ; il provoque une fonte musculaire et nuit gravement à l’effort physique.
      – L’alcool favorise toutes les maladies dites de surcharge : c’est un facteur d’obésité. Les calories qu’il apporte sont des calories vides : elles sont mises en réserve sous forme de graisses et ne sont pas utilisées par les muscles.
      L’alcool est la première cause d’anémie nutritionnelle en France.
      – L’alcool complique et aggrave toutes les maladies :
      • il est responsable d’une résistance amoindrie aux infections, notamment à la tuberculose
      • les plaies et les blessures cicatrisent plus difficilement
      • les médicaments sont moins efficaces et moins bien supportés
      • les risques chirurgicaux sont aggravés, notamment ceux qui sont liés à l’anesthésie. La cicatrisation est plus lente, les saignements plus difficiles à contrôler, les infections postopératoires plus fréquentes.
      – L’alcool altère les glandes endocrines : glande thyroïde, glandes surrénales, glandes sexuelles. Il provoque un vieillissement précoce de l’organisme. Il abîme le teint, empâte les traits et dessèche la peau, épaissit la silhouette. Il entraîne des carences vitaminiques.
      L’alcoolisme est la cause de la moitié environ des dépenses des hôpitaux psychiatriques.

      Docteur René Flurin

      Mentions légales  Psychanalysemagazine.com ©