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L’éclairage des experts
« Je suis en train de me séparer de mon mari avec lequel j’ai eu un enfant, âgé aujourd’hui de deux ans. J’ai peur qu’il ne parvienne pas à se structurer en l’absence d’un père à la maison »...
Plus généralement, qu’en est-il des enfants soumis à la multiplication des divorces et à l’émergence des familles monoparentales ?
L’avis de Manuel Galan, psychologue clinicien
La famille est en pleine mutation, les changements vont plus vite que nos mentalités et nos capacités d’adaptation. Les séparations sont toujours difficiles et les enfants sont les premiers à en souffrir. Cependant, une peur raisonnable est toujours normale et peut décupler notre courage pour affronter les situations nouvelles. La notion d’absence est toujours liée à une conception rigide de la famille et de la maison, comme si la famille ne pouvait exister et se développer que dans un lieu immobile dans lequel le rôle de chacun est établi et défini une fois pour toutes. Tout bouge, la famille aussi. L’histoire nous montre que la famille s’est beaucoup modifiée au cours du temps. Nous sommes passés d’une famille de groupe, dite tribale, à une famille ultramoderne, dite monoparentale. Qu’avons-nous perdu, qu’avons-nous gagné ? Des violences atroces ont été commises au nom de la famille et même, encore aujourd’hui, des crimes sont commis au nom de l’“ honneur sacré ” de la famille. Les guerres de familles et les crimes d’honneur ont nourri les haines. On pourrait dire que c’est bien de cette fatalité cynique et violente que l’individu et la famille moderne aimeraient sortir. C’est bien la tolérance qui est absente ou presque. L’individu supporte de moins en moins de faire semblant. Les changements de partenaire, de cadre, de lieu, ne doivent jamais nous faire négliger les liens, les liants, les lois, l’essentiel vis-à-vis des enfants et de nos anciens partenaires. La paix, l’amour, la vérité et l’éducation devraient paver nos démarches, nos relations et nos intentions. Pour les enfants, le plus important est la permanence du sentiment d’amour, du comportement de respect, de la régularité des soins, de la profondeur de l’écoute et du tact de l’accompagnement. L’idéologie de la causalité nous fait toujours chercher et trouver un coupable. Aussi faudra-t-il faire très attention aux discours faciles et se garder notamment de déplacer vers l’enfant cette logique simpliste et néfaste pour son développement. Inévitablement, la famille change mais il est toujours en notre pouvoir de conserver l’essentiel et de le faire fructifier.
L’avis de Cécile Chavel, psychanalyste-psychothérapeute
Le complexe d’Œdipe est très souple et très adaptable. Il peut se compliquer à souhait si l’enfant a un père plus un beau-père, une mère plus une belle-mère, des frères et sœurs plus des demi-frères et des demi-sœurs… Il y aura autant de désirs croisés et cumulés que de relations pour l’enfant. Ce n’est pas forcément un problème. Cela peut même être un enrichissement car cette situation propose à l’enfant différents modèles identificatoires de féminité et de masculinité. Par ailleurs, dans une famille monoparentale, la mère peut très bien jouer le rôle du père et de la mère (un “ deux en un ”) pour l’enfant, qui trouvera ailleurs dans la société d’autres modèles complémentaires masculins – et inversement si c’est le père qui est le seul parent. Le seul problème majeur dans l’Œdipe au cours des divorces survient quand les deux partenaires se haïssent, se déchirent, ou même quand seul l’un des deux rejette violemment l’autre. En effet, l’enfant étant le fruit des deux parents, il se trouve rejeté lui-même pour moitié par l’un et pour moitié par l’autre et comme déchiré par cette haine. De plus, s’il s’est mis en position de devoir choisir, de prendre part à cette guerre, il se sentira comme amputé d’une partie de lui-même car il devra bloquer son sentiment d’amour pour l’un des deux parents, alors qu’il a besoin de pouvoir s’appuyer sur les deux. L’amour non admis et réfréné créera en lui une culpabilité pesante. La haine et le rejet engendrent toujours de la destruction. Il est problématique dans les divorces de confondre parentalité et couple.
L’avis de Marthe Marandola, formatrice et consultante en communication et de Geneviève Lefebvre Decaudun :
La médiation sert aussi à cela, à pouvoir continuer à échanger entre père et mère, même lorsqu’ils ont cessé d’être amants. La décision de rupture ne peut se faire sans traverser des culpabilités et de grandes craintes, notamment vis-à-vis des enfants. Que faire ? Il n’y a aucune bonne décision, sinon celle faisant de nous des adultes plus heureux, donc de meilleurs parents. Les enfants sont parfaitement capables de comprendre tout ce qui se passe. Ils savent d’ailleurs très bien que le couple a cessé de s’aimer. Il est impossible de leur épargner cette souffrance mais nous pouvons leur épargner nos guerres d’adultes, ce qui est déjà un grand cadeau ! Les enfants peuvent avoir l’image de parents courageux, qui osent se remettre en question, bâtir leur vie, prendre des risques, faire des choix, en honorant l’amour qui fut et dont ils sont issus.
*Pour en savoir plus, lire :
" Le couple, si on en parlait ? ",
Éditions Eyrolles.
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