La psycho
      dans Signes & sens magazine

      Bien vivre le passage à la retraite

      Après 50 ans, s’ouvre une période fertile en évènements susceptibles de nous changer. Tout d’abord il y a l’arrivée d’une troisième génération et la découverte, pour certains, de la grand-parentalité. Ensuite il y a la préparation, puis le passage à la retraite. Enfin, il y a la réorganisation de la vie de couple, modifiée par un nouveau mode de vie.

      Tous ces évènements, qui peuvent se produire en moins d’une décennie, modifient notre propre image et nous obligent à des réajustements. Le regard d’autrui et l’image que la société nous renvoie ne sont pas là pour nous aider. Comme les autres catégories de la population, les seniors sont évoqués dans les media comme des consommateurs : consommateurs de forme (chaîne thermale, gymnastique, nourritures allégées…) et consommateurs de temps libre (voyages, tour opérator, clubs de vacances, etc.). Dans cette optique, il semblerait que les deux problèmes essentiels des seniors soient de rester jeune et de se distraire.
      Rester jeune véhicule, a contrario, le message que les traces de l’âge sur le corps doivent être dissimulées car elles risqueraient de gêner les plus jeunes. Comme l’handicapé, le senior doit être discret parce qu’il rappelle à chacun sa propre finitude. S’il n’est pas question de négliger son corps, il semble important de ne pas nous laisser manipuler par l’image d’une société où tout le monde est censé être jeune, beau et en bonne santé. De fait, se distraire est chose positive si cela ne consiste pas à fuir la réalité dans un imaginaire coupé de nous-même. Découvrir de nouvelles activités sportives ou artistiques demande une démarche personnelle. Voyager peut être source d’enrichissement quand nous ne sommes pas seulement en position de touristes-consommateurs, comme c’est malheureusement le cas dans la plupart des voyages organisés.

      Une démarche intérieure
      Accueillir le changement est une démarche intérieure qui consiste à accepter ce qui modifie notre image, c’est-à-dire notre rapport au regard des autres, en nous laissant transformer par l’événement dans notre rapport à nous-même. Prenons l’exemple de la mise à la retraite. Elle ne dépend pas de notre volonté. On peut regretter que des solutions plus souples ne soient pas prévues par la loi et œuvrer à les promouvoir mais pour le moment c’est ainsi. Dans la qualification sociale, nous passons d’actif à inactif, de salarié à pensionné, de jeune – ou encore jeune – à vieux et nous sentons bien qu’être inactif, pensionné et vieux n’est pas enviable ! Si nous étions seulement déterminés par la façon dont la société nous considère, il n’y aurait guère d’autre issue que de nous en accommoder en pesant les inconvénients et les avantages : Je gagne un peu moins d’argent mais je vais pouvoir me reposer… J’ai moins de force et d’énergie mais je vais pouvoir faire ce qui me plaît… etc. Même si ce langage est celui du bon sens, il me semble qu’il y a mieux à faire pour qui s’est engagé dans un processus de développement personnel. La retraite, dans sa définition même, n’est pas un retrait. Faire retraite, c’est se mettre à l’écart pour mieux revenir occuper sa place et non pas opérer un retrait qui consisterait à faire marche arrière. Mais, au moment où nous quittons le monde du travail, de quelle place dans la société peut-il s’agir ? Peut-être tout simplement de celle de citoyen. Pendant notre vie active, nous avons exercé notre citoyenneté dans l’urgence de notre vie professionnelle ou, pour certains, militante. Aujourd’hui, nous pouvons prendre le temps de la réflexion. Nous pouvons avoir un regard plus large et plus distancié sur les problèmes sociaux. Par nos enfants, nous sommes en prise directe avec les problèmes de chômage, les difficultés de la vie quotidienne des jeunes mères (manque de crèches, double journée…). Par nos petits-enfants, nous découvrons l’univers des jeux vidéo et celui d’Harry Potter, mais aussi la violence des cours de récréation. Nous sommes proches de cette actualité et cependant moins submergés par elle. C’est le temps de la réflexion et aussi celui de l’action au sein de mouvements associatifs et de réseaux divers. Pour certains, cela peut prendre la forme de responsabilités au sein des communes. De nombreux maires et conseillers municipaux sont actuellement des sexagénaires. La mise à la retraite et l’arrivée des petits-enfants modifient la relation de couple. Là encore il s’agit de changer une image intériorisée par les deux partenaires et cela peut conduire à une véritable crise d’identité. Le couple avait trouvé au fil des ans sa vitesse de croisière et voilà que son fonctionnement est remis en question. Cette période où tout bouge peut être une période privilégiée pour surmonter la contradiction, rencontrée tout au long de notre vie, entre la nécessité d’une transformation et le désir de garder une identité chèrement acquise. C’est à cette démarche que l’expérience intérieure nous invite et non pas à une comptabilité des pertes et des gains.

      Un processus de transformation
      Mais de quoi est donc fait ce processus de transformation auquel nous sommes invités ? Schématiquement, il comporte trois étapes, même si elles sont parfois difficiles à repérer de façon précise. Tout d’abord, il y a le surgissement d’évènements que notre état de conscience ne nous permet pas d’intégrer de façon souple et naturelle. Vus de l’extérieur, ils peuvent paraître minuscules et pourtant nous atteindre. Ce qui nous alerte alors est un certain état de mal-être. La conscience du corps nous rend sensibles à ce quelque chose qui résiste en nous. La pratique de la centration est alors fort utile parce qu’elle permet de ressentir que, face à l’événement, notre attitude n’est pas juste et d’accepter provisoirement la tension que provoque en nous ce décalage. La seconde étape est un lâcher-prise, dans lequel nous laissons le mouvement de la vie agir en nous. La dernière est celle où nous percevons que notre vécu de l’événement s’est modifié, et nous avec.
      Hervé, qui se dit heureux de prendre sa retraite, organise pour ses amis un « pot de départ ». Tout se passe bien, la fête est chaleureuse et ses anciens collègues lui offrent un sympathique chèque-voyage. Mais, dans les jours qui suivent, Hervé ressent que quelque chose ne va pas. Avec l’aide de sa femme, il décide de faire de la place à ce mal-être, de ne pas vouloir à tout prix en comprendre la signification et de lâcher-prise. D’un commun accord, le couple décide de surseoir au voyage prévu. Le temps passe et c’est la visite d’un ancien collègue qui permettra à Hervé de prendre conscience qu’il n’était pas prêt à l’événement qu’il voulait fêter. Il découvre que, dans son for intérieur, il n’avait pas accepté de quitter l’entreprise, une petite maison d’informatique, et qu’il espérait que son patron lui confierait du travail à domicile. Il en voulait à ses collègues de ne pas avoir deviné son désir. Le nouveau retraité comprend qu’il lui faut maintenant gérer différemment son rapport au travail et, de façon plus globale, son rapport au temps.
      La première partie de notre vie nous avait donné l’opportunité de nous construire à travers nos projets familiaux ou professionnels. La seconde nous propose de nous réaliser dans notre vie quotidienne à travers l’expérience intérieure. C’est le temps de la liberté… et du lâcher-prise.

      Odile Martin Saint Léon*

      Pour en savoir plus, lire :
      « Le développement personnel… et après ? »
      Odile Martin Saint Léon
      Éditions Le Souffle d’Or.

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