L'odorat est le plus archaïque de nos cinq sens, le plus instinctif. Les odeurs parlent directement à notre cerveau émotionnel, sans passer par le filtre de la pensée consciente. Elles dialoguent avec nos émotions enfouies, nos souvenirs cachés, nos blessures secrètes. Ecoutons-les, elles ont des choses à nous dire...
De tous nos sens, l'odorat est celui qui possède le plus fort pouvoir évocateur. Et pour cause : tous nos autres organes sensoriels envoient leur message au cortex cérébral, qui trie et interprète la sensation. L'odorat fonctionne différemment.
La mémoire des odeurs
Le message sensoriel de l'odorat passe directement de la muqueuse nasale au cerveau limbique, sans transiter par le cortex. Or, ce cerveau limbique recueille et conserve la trace de nos émotions les plus anciennes, ainsi que les souvenirs qui leur sont attachés. On l'appelle aussi cerveau émotionnel. C'est également lui qui gère notre vie affective. Cela explique qu'une odeur puisse, en une seconde, faire jaillir en nous une sensation de déjà vu, de déjà vécu, bien avant que le souvenir lui-même refasse surface.
Les odeurs jouent donc un rôle majeur dans notre bien-être, par l'intermédiaire de ce système permanent d'associations. Selon qu'elles sont associées à de bons ou de mauvais souvenirs, elles nous mettent ainsi dans un état de bien-être ou de trouble. Cet état est beaucoup plus profond que celui provoqué par les autres messages sensoriels car le contenu affectif de l'odorat n'est pas altéré par le cortex. Les odeurs ne sont pas interprétées par le cerveau et recréées.
Dans Du côté de chez Swann, Marcel Proust a très bien décrit la manière dont la saveur des madeleines suffisait à réveiller en lui les sensations de son enfance. Ces souvenirs étaient ravivés par son odorat, autant que par la sollicitation de ses papilles. Cet exemple montre le lien direct qui existe entre les stimuli olfactifs et les souvenirs.
Le foetus aussi
Ces associations remontent très loin. Pendant leur vie intra-utérine, même s'ils baignent dans un milieu liquide, les fœtus sentent. Leurs bourgeons olfactifs sont titillés par les molécules du liquide amniotique, lequel est parfumé par l'alimentation maternelle.
L'équipement olfactif commence à se former très tôt, dès le troisième mois de gestation, alors que l'embryon ne mesure qu'une dizaine de centimètres. Mais il faut attendre au moins trois mois pour que ses organes soient opérationnels. À la naissance, le bébé possède un odorat infaillible qui lui permet de trouver le chemin du sein maternel.
Nous utilisons moins notre odorat que les animaux ou nos ancêtres préhistoriques. Nous n'en avons plus besoin pour voir venir le danger, suivre la piste d'un bison, savoir si une femelle est fécondable ou si un fruit est bien comestible. Cependant, nous pouvons encore utiliser notre odorat pour notre bien-être en cultivant les odeurs qui nous font du bien.
Les leurres olfactifs
Les leurres sont des petits boîtiers contenant des substances odorantes choisies en fonction de l'effet désiré (anti-fringale, antitabac, anti-stress...). Lorsqu'on a une envie irrésistible de manger ou de fumer, on ouvre le boîtier et on respire l'odeur qui s'en dégage. Les centres olfactifs sont directement stimulés et le cerveau enregistre un message de satisfaction qui vient remplacer la prise alimentaire ou la cigarette. Le cerveau est leurré, il prend un plaisir à la place d'un autre, la pulsion se calme. On trouve ces leurres en pharmacie ou parapharmacie.
Marie Borrel*
* Pour en savoir plus, lire :
“ Les clés du bien-être au quotidien ”
Editions Solar.