Le développement personnel
      dans Signes & sens magazine

      Apprendre à gérer ses peurs

      Chacun connaît ce trouble qu’est la peur qui agite en nous mille et un doutes, mille et une craintes : peur de ne pas pouvoir faire face, peur des autres, de l’avenir, de ne pas être « à la hauteur », de se tromper, d’échouer, de vieillir, de mourir et toutes les autres peurs qui nous empêchent de vivre pleinement. « Notre plus grande peur n’est-elle pas celle de vivre ? », s’interroge Arnaud Desjardins*…

      La peur a pour fonction de nous préserver en nous avertissant d’un danger, tout en nous dopant d’une poussée d’adrénaline suffisante pour nous faire réagir. Dans d’autres situations, elle peut nous paralyser, nous museler, nous oppresser, voire même nous torturer. Elle devient alors la chape de plomb qui nous étouffe, susceptible aussi, dans certaines circonstances, d’évoluer en peur panique, de se muer en terreurs, de déclencher de véritables phobies.

      Les origines de la peur
      Pour la plupart des psychanalystes, les origines de la peur seraient liées au processus d’attachement et de séparation, donc aux premiers liens. Pendant les premiers mois, l’enfant est en fusion avec sa mère. C’est elle qui assure le lien entre le monde intérieur et le monde extérieur. Son rôle est de lui fournir l’environnement et la sécurité nécessaires afin d’acquérir une autonomie progressive et un sentiment de confiance en lui. S’il est suffisamment « accompagné » durant cette étape, il pourra installer les bases de sa sécurité intérieure, tout en s’éloignant d’elle afin de développer sa capacité d’exploration pour accéder à son autonomie, condition nécessaire à un développement harmonieux. Dans le cas contraire, il n’osera pas s’aventurer dans le monde et risquera de connaître angoisses, peurs et inhibitions face à l’existence. Dans la vie d’adulte, ce manque de sécurité intérieure se traduira par une plus grande vulnérabilité, un état d’anxiété face à certaines situations. Tout ce qui est nouveau, inconnu, est source de stress. Dans nos relations avec l’entourage, nous risquons d’être, par exemple, dans une demande insatiable, fusionnelle, constamment à la recherche de cette sécurité manquante. Avec aussi la crainte de perdre, qui risque d’enfermer l’autre dans une relation étouffante. La peur est associée à un état de tension et à une respiration accélérée. Lorsque nous avons peur, nous retenons l’expression d’une pensée, d’un sentiment, d’un affect, nous contenons notre souffle. La respiration en profondeur permet de trouver la maîtrise et le calme indispensables pour identifier nos émotions. Elle dissipe toutes sortes de tensions physiques et donne ainsi une plus grande liberté à l’expression de nos sentiments.

      Savoir se centrer sur l’instant présent
      Lorsqu’on est dans l’instant présent, on n’a plus peur, on est en contact avec la vie, on n’est plus jamais seul, on connaît un état de bien-être, écrit Anthony de Melho. Le mental (nos pensées, nos ruminations, notre vagabondage mental qui font qu’on n’est jamais où il faut) cherche continuellement à dissimuler le moment tangible derrière le passé et le futur. Sa préoccupation majeure est de maintenir constamment le passé en vie et de se projeter en permanence dans l’angoisse de l’avenir, ce qui attise nos peurs. Pourquoi ? Parce que nous craignons par-dessus tout le vide, la confrontation avec nous-mêmes, qui nous renvoie à la crainte d’être seul, à l’abandon, à une grande peur archaïque : celle du petit enfant qui voit sa mère partir… D’où cette hyperactivité. Mais ce type de projection ne fait que renforcer nos doutes. Nous avons cependant le pouvoir de nous libérer de ces limites, pour atteindre ce que les bouddhistes appellent la liberté intérieure. Celle-ci permet de savourer la simplicité limpide du moment présent, libre du passé, affranchi du futur. C’est pouvoir accepter les choses avec sérénité, sans pour autant tomber dans la passivité ou la faiblesse. C’est aussi la faculté d’utiliser toutes les circonstances de la vie (défavorables-favorables) comme catalyseurs d’une transformation personnelle. Le secret de cette libération réside dans l’instant présent mais nous ne pouvons y accéder tant que nous sommes perturbés par nos angoisses.

      Quelques conseils
      Prenez profondément conscience que le moment présent est toujours uniquement ce que vous avez ou ce que vous faites. Attirez simplement votre attention durant n’importe quelle activité routinière, en lui accordant toute votre attention afin qu’elle devienne une fin en soi. Exemples : lorsque vous marchez, portez une attention toute particulière à chaque mouvement que vous effectuez, à chaque pas que vous faites, à votre respiration, à votre corps qui se déplace dans l’espace. Lorsque vous vous lavez les mains, prenez plaisir à ressentir toutes les perceptions qui accompagnent ce geste : le bruit et la sensation de l’eau sur votre peau, le mouvement de vos mains, l’odeur du savon, etc. Ou encore, observez pendant cinq minutes le rythme de votre respiration, remarquez comme sa présence même silencieuse se manifeste à l’intérieur de vous. Portez une attention particulière à tous les instants de la vie : début d’une journée, première rencontre du matin, premières paroles avec un collègue, élaboration d’un travail, etc. Prenez le temps de ressentir ce que vous éprouvez. Vous constaterez alors rapidement – et pour votre plus grand bien – que votre anxiété se dilue…


      Michèle Freud

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