Pour parler de leurs amoureux, les anglophones emploient souvent le mot « fiancé » avec un certain plaisir. En France, ce terme n’est plus aussi glamour. Les fiançailles ont perdu la cote auprès des jeunes couples qui préfèrent sauter cette étape pour directement se marier. Ces dernières années, on remarque cependant un retour en force de la célébration.
On se fiance pour officialiser une relation, se faire
offrir un gros caillou ou se donner l’occasion de faire
la fête. Mais la raison profonde est évidemment l’envie
de s’engager auprès de l’autre et de lui faire une promesse
de mariage, même si parfois, elle restera en l’air. Parce
qu’il peut être si doux à 30, 50 ou 70 ans, de se considérer
comme des fiancés.
Histoire de fiançailles
Les fiançailles sont une vieille tradition qui n’a cessé d’évoluer
dans le temps. Bref rappel de ce à quoi vous avez échappé
ou, pour les nostalgiques, de ce que vous avez manqué.
> Hier
1ère étape, l’Empire romain. Vous porteriez le doux prénom de Scribonia, et votre jules, celui d’Octavius. Les fiançailles étaient alors une cérémonie préalable au mariage qui se déroulait devant témoins. Le fiancé passait un anneau en fer à
l’annulaire gauche de sa promise. Cet engagement marquait surtout l’alliance économique et politique de deux familles.
2ème étape, le Moyen Âge. Les fiançailles revêtent un caractère
religieux et se concrétisent par la signature d’un registre à
l’Église devant le curé.
3ème étape, la Révolution de 1789. Elle balaie tout sur son passage et retire le cadre légal et religieux des fiançailles.
4ème étape, le XIXème siècle. On date plus ou moins à cette époque une vieille tradition : il incombait au père du jeune homme de présenter la demande de fiançailles à la jeune fille. Le détail qui fait mouche : il devait porter des gants de couleur « beurre frais ». Allez trouver ça de nos jours…
> Aujourd’hui
Clara se souvient : C’était un soir de décembre. Nous sortions d’un restaurant où nous avions passé une excellente soirée, un peu arrosée. Comme ça dans la rue, sans trop réfléchir, je me suis agenouillée et je lui ai demandé sa main. Mettez ça sur le compte de l’alcool ou non, ce soir-là j’étais prête à toutes les audaces. L’exemple de Clara est révélateur de notre époque. Aujourd’hui, les fiançailles ne sont plus solennelles. Exit le protocole de la demande en mariage. Place à la liberté du jeune homme comme de la jeune femme (même si c’est moins fréquent) de déclarer son amour. Le sens des fiançailles a aussi perdu en substance. Si elles représentent toujours un engagement vis-à-vis de l’autre, elles ne sont plus cette période charnière durant laquelle les fiancés apprenaient à se connaître et se préparaient à une vie commune. La plupart des couples d’aujourd’hui vivent ensemble avant de se fiancer. Les fiançailles sont donc plus une marque d’amour. Elles symbolisent un désir d’union entre deux personnes qui ne se concrétise pas forcément par un mariage. Certaines personnes restent fiancées à vie !
Petites questions de savoir-vivre
Bien sûr, quand on vous parle de fiançailles, vous pensez automatiquement « bague ». On vous pardonne. Quelle femme peut garder son sang-froid quand un bijou se profile à l’horizon? Aucune. Mais les fiançailles ne se résument pas à cela.
Vous allez célébrer votre engagement avec vos proches. Et
cette célébration se doit de respecter certaines règles de savoir-vivre. Posez-vous dès maintenant les bonnes questions.
– Comment annoncer ses fiançailles ? On oublie les SMS, les mails ou les messages laconiques sur le répondeur. Il est préférable d’annoncer de vive voix vos fiançailles à vos parents, lors d’un dîner ou d’une visite spéciale. Procédez de même avec vos grands-parents respectifs puis prévenez vos amis et les proches de la famille. Si possible en même temps pour ménager les susceptibilités des uns et des autres.
– Où les célébrer et avec qui ? À deux, à dix ou à cent. Dans une salle, sur un pont ou dans un champ. À vous d’inventer la fête qui vous ressemble ! Si vous souhaitez suivre les usages, sachez que les fiançailles se déroulent traditionnellement au domicile des parents de la fiancée. Et c’est à la mère de tout organiser. Conviez vos familles respectives (frères, soeurs, oncles, tantes, grands-parents…) et vos amis proches à l’aide d’un carton d’invitation classique, un mois à l’avance. Soirée fastueuse ou bien modeste ? À vous de la décider. Ne videz quand même pas les caisses du mariage. C’est cette soirée-là
qui doit rester dans les annales.
– Comment placer les invités ? Autant qu’ils commencent à
s’habituer dès maintenant. Vous ne formez plus qu’une seule
et même famille. Alors, on mélange les membres des deux
clans. Au centre de la table seront placés le père et la mère de
la fiancée, en face l’un de l’autre. À leur droite et à leur gauche,
on trouve les parents et les grands-parents du fiancé. Le
couple sera placé en bout de table, côte à côte. Les autres tables accueilleront les invités disposés en fonction de leurs affinités.
– Qui paie quoi ? De la délicate question du coût des fiançailles.
Pour qu’aucune des familles ne se sente lésée, autant que les choses soient claires dès le départ. Il existe des règles que vous allez appliquer, sauf s’il y a une évidente différence de moyens entre vos deux familles. Inutile dès lors de vous accrocher à la convention. Il vous appartiendra de réinventer vos propres règles. La bague de fiançailles est traditionnellement offerte par le fiancé ou sa famille. Le repas de fiançailles est, lui, offert par la famille de la fiancée. Le matin de la réception, le jeune homme doit livrer une corbeille de fleurs blanches à sa belle qui sera placée à la table d’honneur. Une délicate attention. On ne s’en lasse jamais.
– Peut-on refuser une bague familiale ? On vous voit déjà faire la grimace. Seulement une bague familiale n’est pas forcément une parure de dinosaure. C’est même assez touchant de porter le bijou de l’arrière-grand-mère. Et si elle est vraiment laide, vous pouvez au moins sauver la pierre. Alors, avant de provoquer un incident diplomatique, raisonnez-vous. Vous pourrez la refaçonner à votre goût. Mais ne foncez pas chez le bijoutier sans avoir prévenu vos futurs beaux-parents. Il vous faut leur approbation. Vous pourrez ensuite choisir la monture et la taille qui vous conviennent. Petite astuce pour celles qui n’en démordent pas : vous pouvez refuser la bague en avançant qu’elle a déjà été portée par une ancienne fiancée. Et ça, on vous l’assure, ça porte malheur !
– Qu’offrir à son homme ? Tout sauf un anneau. Collez à son goût. Il s’agit de lui faire réellement plaisir avec un cadeau qu’il pourra garder longtemps en souvenir de cette journée. Montre, boutons de manchette, gourmette, chaîne… Mais encore, un assistant personnel, le dernier appareil numérique sur le marché, des leçons pour apprendre à piloter si c’est son rêve, un instrument de musique pour révéler son talent… La liste est infinie. Surprenez-le.
– Et après, on fait quoi ? Les parents du fiancé doivent organiser à leur tour un dîner de fiançailles, un mois après la réception. Une occasion pour les deux familles de se retrouver et, éventuellement, de commencer à préparer l’étape suivante: votre mariage…
Marina Marcout, Inès Matsika*
*Pour en savoir plus, lire :
"Organiser son mariage"
Editions Eyrolles