Qu’elle constitue une première approche, la récompense du devoir accompli, le stimulant approprié lors de longues nuits d’amour ou de panne, la fellation est hédoniste : naturelle ou technique, vorace ou frugale, majestueuse ou vulgaire, frisant l’admiration ou le dédain, elle se décline sous toutes les formes, participant aux joies de l’élan amoureux. Mais de dissoudre certaines tensions, suivant un principe économique, tout en restant dans le champ d’une sexualité « normale » (n’y étant bien sûr pas obligatoire), n’en deviendrait-elle pas alors vertu ?
Le contact entre la bouche et le pénis/phallus, s’il n’est pas primordial, demeure malgré tout familier : l’analogie entre les lèvres de la femme, souvent mises en valeur depuis des millénaires par le fard d’une part, et ses parties génitales pourvues elles aussi de lèvres d’autre part, va presque de soi… On peut noter, dans un même ordre d’idée, que le fard souligne les yeux de forme ovale, le maquillage « poisson » à la Cléopâtre nous ramenant, entre autres, au mythe d’Osiris dont le phallus fut absorbé par ces animaux aquatiques (mythe représenté schématiquement par un ovale et un triangle).
Un monde de représentations
L’objet producteur de plaisir, phallus pour la femme, vulve pour l’homme, mobilisant parfois d’un côté comme de l’autre réticences et inhibitions, la fellation se situerait dans la dimension d’un échange bâti sur du donné/donné, plus que sur du donnant/donnant. Le contact possible entre deux individus est le résultat, sur le plan psychique, d’une longue maturation ; celle-ci s’étend des premières années de la vie jusqu’à l’adolescence. Partant de la perception essentiellement auto-érotique et narcissique du tout petit d’Homme à une relation objectale, jusqu’à une possible acceptation de l’autre en tant que sujet, ces trois modalités d’appréhension se maintiennent, dans des mesures variables, à l’âge de la rencontre d’un ou d’une possible partenaire. La potentielle dyade amoureuse que forme le couple fait résonance, chez les deux sujets en présence, à tout un monde de représentations, d’affects, considérant que fantasmatiquement la femme risquerait de s’abîmer dans la relation à l’homme et de s’y perdre. Cette tension participe cependant à ce qui génèrera désir et sens de la relation, ce « changement » amenant à une confrontation salvatrice avec la différence.
Le principe d’une communication sensuelle
L’homme que le fantasme dote de la pulsion, pouvant être perçue comme sale, donc dangereuse, d’être mise en bouche par la femme, ne se transformerait-il pas de fait en bon objet, puisque seul ce qui est propre est absorbé ? La femme, de son côté, ne rassurerait-elle pas l’homme en vue de la conquête du vagin, lui démontrant qu’il n’y perdra rien car ça ne mord pas ? Ce qui est bon ne peut faire du mal et on ne peut rien perdre à pénétrer dans ce qui ne coupe pas. « Puisque quand je suis active et que tu es passif, je ne t’abîme pas, tu ne m’abîmeras pas quand tu seras actif » ou « Puisque je n’ai pas eu mal étant passif, je ne risque pas de faire mal et de perdre à être actif par le biais d’un effet boomerang ». De fait, et étant donné qu’il n’y a rien à perdre à être phallique ou châtré, masculin ou féminin, l’union est alors offerte, sans angoisse, dans un don de soi qui ne mène pas à la mort mais, au contraire, à un principe de vie où la communication sensuelle résout les opposés.
Carole Cambon
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