L'avis du psy de Signes & sens magazine
Un partenariat
"Psychanalyse magazine" et "Signes & sens magazine"
Vous traversez une difficulté, vous avez du mal à résoudre un problème, un conflit, à trouver une solution adaptée à une crise affective ou sociale, cet espace d’écriture est le vôtre. Quel que soit votre âge.
« Comment dire à ma compagne que mon père
a fait de la prison ? »
J’ai rencontré il y six mois Noémiae et nous avons des projets de mariage. Bien que je sache qu'il faut que je lui en parle, je n'arrive pas a lui dire que mon père, toujours en vie, a fait de la prison. Pouvez-vous m'indiquer comment je dois m'y prendre ?
Frédéric J. - 76400 Fécamp
La réponse du psychanalyste
Oui... et non ! Car une évidence s'impose tout de suite d'un point de vue psychanalytique : des l'instant ou nous n'arrivons pas à formuler, à mettre en mots, ce qui nous gêne, cette résistance a une signification qui n'a rien a voir avec l'interlocuteur auquel il nous semble difficile de dire, autrement dit d'avouer.
Ces formes de blocage que nous avons tous et toutes rencontrées, ou que nous croisons encore, s'originent dans le fait que nos parents (votre père et/ou votre mère dans votre cas) n'ont pas pu digérer l'épreuve qui se présentait a une époque précise de leur existence. Il n'est pas possible, partant de la, de demander aux héritiers de gérer un obstacle d'un autre temps et qui, de fait, n'appartient pas directement aux descendants de la filiation.
Puisque vous avez la chance que votre père soit toujours en vie, il est nécessaire que vous ayez avec lui une vraie discussion l'impasse difficile qu'il a du traverser. Ne lui parlez pas de votre impossibilité pour l'instant à raconter l'inavouable à votre compagne car la réaction de votre père, par culpabilité interposée, pourrait être très négative, voire violente ou rejetante. Il s'agit d'ouvrir le dialogue et non de fabriquer à nouveau un processus d'enfermement. Pour exemple, vous pourriez partir d'un fait divers, relaté dans la presse ou à la télévision, qui mette en scène l'incarcération. Vous allez peu a peu dédramatiser une situation, tout aussi douloureuse soit-elle, puisque votre père vous expliquera à son tour, je pense, les conditions de sa propre détention. Et la, vous verrez, vous constaterez que ça ne colle pas à votre réalité d'aujourd'hui.
Comme toujours, il s'avère évident que ce que nous n'arrivons pas à véhiculer grâce au langage traduit nos angoisses personnelles. Selon les schémas inconscients d'identification, vous avez manifestement eu peur de vous identifier à l'agresseur. Ce processus confusionnel va lâcher et vous allez vous sentir un honnête homme, futur bon mari, en devenir d'excellent père. Il faut arrêter de penser trop facilement que « les chiens ne font pas des chats » et pour cela, vous pouvez déjà réfléchir à. ce qui vous différencie de votre père. Celui-ci doit, du reste, présenter malgré tout de belles qualités pour que vous ayez peur d'abimer les autres. Il est temps que vous fassiez tomber le masque que vous avez rivé sur le visage de votre géniteur. Il est grand temps que vous découvriez objectivement tout ce qu'il a du faire de bien dans sa vie et que vous teniez jusque-là verrouillé à triple tours ! Ce sera le meilleur moyen pour que vous ne la « boucliez » plus avec votre compagne...
> Lire d'autres articles