Les hommes privilégient l’amour ludique ; les femmes ont tendance à percevoir plus souvent l’amour sous l’angle amical, possessif ou pragmatique. C’est ainsi que se côtoient ou s’aiment des personnes qui, évoquant l’amour, pensent à des objets si divers qu’ils ne peuvent se comprendre. Pour l’un, l’amour n’et qu’un divertissement : on joue du Marivaux, du Feydeau… Pour l’autre, l’amour est la chose la plus sérieuse du monde : on s’engage solennellement et pour la vie devant M. le Maire ou M. le Curé, avec la ferme intention d’échapper aux statistiques du divorce. Pour certains, l’amour est spirituel parce qu’il est échange, communion, dévouement. Pour d’autres, il se confond avec l’instinct sexuel, rendu plus ou moins « convenable »… Les uns sont dégoûtés de l’amour, cyniques ou désabusés. Les autres, incorrigibles romantiques, persistent à vouloir rêver, idéaliser et espérer. Peut-être les premiers ont-ils abusé de la chose, puisqu’il semble bien que nous soyons plus sensibles à la poésie de l’amour et aux merveilles de l’âme de notre partenaire avant, qu’après ; la première fois qu’après un grand nombre d’expériences amoureuses… L’amour garde ainsi son mystère : fascinant encore ceux qui n’ont voulu y voir qu’une jouissance et un assouvissement, s’imposant par des réalités concrètes aux rêveurs invétérés, amateurs d’ « amour et d’eau fraîche »… Quoi qu’il en soit, et puisque l’amour oscille entre hédonisme et idéalisme, la moindre des précautions, lorsque naît l’amour, voudrait que nous tentions de cerner la conception de l’autre. Nous pourrions ainsi nous éviter les désillusions qui naissent lorsqu’on attelle un aigle avec un boeuf…
Lubomir Lamy*
*Pour en savoir plus, lire :
« L’amour ne doit rien au hasard »,
Editions
Eyrolles