Afin de connaître les différentes définitions spontanées
de l’amour, la question très directe, "À votre avis,
qu’est-ce que l’amour ?", a été posée à 135 étudiants, âgés de dix-huit à vingt-deux ans.
Une première remarque s’impose : très rares sont ceux qui avouent ne pas avoir de réponse. En fait, quelques-uns ne répondent pas du tout et quelques autres précisent qu’ils ne savent pas réellement de quoi il s’agit, faute de l’avoir vécu. Deux étudiants seulement contestent l’existence même de l’amour. Une étudiante écrit : C’est un sentiment, une sensation, une émotion que l’Homme a inventés mais, pour moi, ce sentiment n’existe pas. Une autre affirme : C’est une légende perpétuée et amplifiée au fur et à mesure du temps ; c’est une utopie, un idéal qu’on cherche et qu’on ne trouve pas… Les définitions de l’amour comportent souvent de multiples facettes, articulées parfois sur un mode arithmétique du type : amitié + sexe = amour. Elles débutent souvent par une formulation très générale, telle que : un sentiment fort et profond,
ou une affection profonde…
Le prix de l’amour
Si nous persistons à vouloir être amoureux, nous devrons
accepter d’être :
• phagocyté
L’amour est souvent défini comme une fusion, une osmose,
une symbiose… Plus question, donc, de rester indépendant. En amour, deux êtres n’en forment plus qu’un, au prix d’une certaine liberté, mais en s’enrichissant de la possibilité de se comprendre sans se parler.
• obsédé
L’image de la personne aimée nous envahit, on ne pense qu’à elle et on ne vit que pour elle. L’amour est décrit comme une attirance physique, mentale et
spirituelle : il implique que nous ne puissions nous passer de
l’autre, que nous ressentions un intense bonheur en sa présence,
un manque lorsqu’il s’éloigne, un déchirement lorsqu’il
nous quitte. À proscrire aussi à tous ceux qui tiennent
par-dessus tout à leur tranquillité…
• sacrifié
L’amoureux s’oublie, vit à travers l’autre, l’aime plus que lui-même, se sacrifie, se
dépasse, pour lui permettre
d’atteindre le
bonheur. L’amour, c’est
ne rien attendre de
l’autre et tout lui donner.
• rassuré
L’un des thèmes dominants de l’amour est
celui de l’amour-amitié
ou amour-compagnonnage.
C’est celui de la
sécurité affective, s’opposant
aux affres de la passion. Confiance mutuelle, respect,
compréhension, entraide, soutien réciproque, partage, fidélité,
intimité, amitié, complicité, affection, attachement, tendresse,
sont ici les mots-clés. Lorsqu’ils déclarent que l’amour, c’est
pour la vie, ces étudiants interrogés s’illusionnent peut-être,
mais ils conjurent la perception anxieuse qu’ils peuvent avoir
de l’instabilité croissante des relations de couple.
• déchiré
Nombre de réponses exacerbent l’idée du déchirement entre
joie et souffrance, bonheur et malheur : elles évoquent le sentiment
le plus délicieux mais aussi le plus cruel, qui peut faire
du bien mais qui finit toujours par faite du mal, qui rend extrêmement
heureux et fait horriblement souffrir. Eros apparaît comme un dieu dont les faveurs sont chèrement
acquises, sans du reste que dans aucune de ces réponses ne
transparaisse le pourquoi de sa vengeance. Force capable de
tout, d’unir comme de détruire, l’amour est de toute manière
imprévisible, irrationnel, incontrôlable et inexplicable. Il
broie souvent les malheureux qui s’adonnent à son influence,
inconscients qui avaient oublié que la passion peut parfois être destructrice, tuant ainsi l’amour.
• idéalisé
L’être qui aime ne voit pas les défauts de l’autre, ou refuse de
les voir : tout ce qui émanera de cette personne nous paraîtra
mieux que chez toute autre. Mais l’amoureux, égoïste dans le
sens où l’on aime uniquement pour être aimé, est aussi égoïste
en n’idéalisant son partenaire que pour se rapprocher de ce
qu’il aurait toujours voulu devenir.
Pour certaines personnes, aimer, c’est accepter de percevoir
les défauts de l’autre, mais ne pas vouloir le changer, ni le
modeler à son image. Pour d’autres, ce sont les défauts même
de la personne qui seront aimés : c’est aimer tout en elle, chez
qui tous les défauts se transforment en qualités.
• transmuté
L’amour est souvent perçu comme le but de l’existence, donnant
un sens, une orientation à la vie, transformant l’individu,
l’amenant à se dé « passer » par le fait de trouver la personne
avec qui l’on veut évoluer. Il est l’équilibre qu’une personne
recherche pour continuer à avancer. Il peut nous pousser à
faire certaines choses que nous ne ferions pas habituellement :
l’amour peut changer une personne. L’amour, c’est ce qui
nous permet de savoir qui nous sommes vraiment.
C’est peut-être le sens ultime de l’amour que de nous obliger à sortir de nos limitations et de notre égoïsme. Quitte à briser
parfois les repères de ceux qu’il fascine et ravit à eux-mêmes… Aimer, c’est accepter, à des degrés variables, d’être remué,
bouleversé, transformé, parfois aussi rassuré, comblé, transcendé.
La sympathie ou l’amour ne sont alors que le prétexte
pour sortir de nous-mêmes et participer d’un mouvement qui échappe à notre analyse consciente.
Lubomir Lamy*
*Pour en savoir plus, lire :
« L’amour ne doit rien au hasard »,
Editions
Eyrolles